Dominique Barry-Etienne, co-fondatrice de Mycea : une scientifique qui protège l’agriculture avec des champignons

Points clés

  • Avant de co-fonder Mycea, deep-tech pionnière du biocontrôle à base d’extraits de champignons, Dominique Barry-Etienne a passé plus de 10 ans à diagnostiquer les champignons dans les matrices complexes comme le sol, bois et végétaux.

  • Mycea valorise les molécules que ces microorganismes produisent naturellement pour se défendre afin de créer des alternatives aux pesticides chimiques pour protéger les cultures

  • Dominique a conçu une plateforme R&D unique à partir d’extraits fongiques, attirant des investissements stratégiques

  • L’entreprise a remporté le Grand Prix i-Lab 2020 pour son projet BE-SAFE


 

Dominique Barry-Etienne co-dirige Mycea, start-up montpelliéraine qui valorise les molécules des champignons présents dans les forêts pour remplacer les pesticides chimiques. Docteur en sciences agronomiques, elle a passé dix ans à développer des outils de diagnostic moléculaire pour identifier les champignons dans le sol, le bois et les végétaux. Des truffes à la santé des arbres, elle s’est forgé la conviction que le règne fongique était un réservoir de découverte de solutions nouvelles pour la santé des végétaux et pour la boite à outils de la transition agroécologique.


Mycea développe des substances naturelles issues de la culture de souches de champignons forestiers en bioréacteurs pour protéger les cultures. Ces molécules deviennent des solutions de lutte contre les maladies de la pomme de terre, de la vigne, des arbres fruitiers. Dominique Barry-Etienne y assure la co-direction générale et pilote la science et la technologie.


De l’ADN de la truffe aux extraits fongiques

Un laboratoire de diagnostic moléculaire

En 2006, Dominique rejoint Alcina, un cabinet d’experts forestiers spécialisé dans la gestion des forêts méditerranéennes, notamment par leur valorisation par les champignons comestibles.

L’objectif était de mettre en place un laboratoire dans lequel elle a développé pendant 10 ans des outils moléculaires innovants basés sur l’ADN des champignon, qu’on peut trouver sous forme de mycélium, de spores ou de mycorhizes.

Ce laboratoire a été un point d’appui pour développer une connaissance fine de ces micro-organismes et créer un réseau professionnel autour des champignons.

Des truffes à la pathologie des arbres

Son travail initial consiste à analyser l’ADN des truffes pour les producteurs. Puis Dominique élargit son expertise et suit une formation spécialisée dans les maladies des arbres et de leurs champignons pathogènes ou dégradeurs. Une compétence qui l’amène à conduire de nombreux diagnostics et études pour différentes collectivités dont la Ville de Paris au service consacré à la R&D des espaces verts qui cherchait à identifier précisément les champignons qui impactaient la structure des arbres.

« Les experts savaient dire qu’il y avait une pourriture au sein d’un arbre, mais ils ne savaient pas identifier le champignon qui en était à l’origine, ni comment le traiter », souligne-t-elle.


Le pivot vers le biocontrôle en agriculture

Tester des extraits fongiques contre les maladies des plantes

Le tournant intervient en 2015 grâce à une rencontre décisive et des résultat de recherche qui ouvrent les portes vers ce que sera la future start-up.

Les résultats sur la protection d’extraits fongiques contre une maladie humaine, présentés par un confrère, lui donne l’idée de tester ces extraits contre des maladies des végétaux. Dominique en dispose d’une vingtaine qu’elle teste contre plusieurs champignons phytopathogènes qu’elle a collectés pendant des années : maladies des cultures et des arbres, champignons dégradeurs du bois etc.

« Les premiers résultats étaient très prometteurs, raconte Dominique. Plusieurs extraits stoppaient la croissance des pathogènes. »

L’idée germe : développer des produits de biocontrôle à base d’extraits naturels de champignon pour remplacer les pesticides de synthèse.

Découverte des champignons mycorhiziens comme solution pour la santé des sols

En parallèle, Dominique poursuit son travail dans les espaces verts et s’intéresse à la santé du sol dans ces zones urbaines végétalisées.

En recherchant un marqueur fongique de la santé des sols basé sur  les champignons endomycorhiziens, elle met en évidence des différences significatives de présence de ces champignons entre des sols de zones avec et sans dépérissement des arbres.

Emerge alors l’idée de rapporter aux sols des communautés de champignon mycorhizien adaptées aux conditions de milieu pour augmenter leur biodiversité dans le sol et améliorer la vitalité des végétaux qui vivent en symbiose avec ces champignons.

Création de Mycea : une double stratégie de R&D

Pour porter et développer ces deux projets d’ampleur, Mycea a été créée pour mettre en place deux projets de R&D portant d’un côté sur la découverte et le déploiement d’extraits fongiques comme produit de biocontrôle pour l’agriculture et de l’autre sur un service de bioamplification des communautés naturelles de champignons mycorhiziens pour augmenter leur biodiversité dans les sols.

“Pour moi, l’exploration scientifique prend tout son sens quand elle est transférable et applicable à un domaine. J’avais à coeur de trouver des solutions concrètes à mettre en œuvre pour une agriculture plus saine et moins préjudiciable pour les écosystèmes et la santé humaine”, indique Dominique.

Mycea a été créé en 2018, le nom provient de « mycélium », ce réseau de filaments qui constitue l’appareil végétatif des champignons. Pendant deux ans, la start-up est incubée à LRI (Languedoc Roussillon Incubation), puis rejoint le BIC (Business innovation center) de Montpellier en 2019.


Une plateforme R&D fongique différenciante

Investissements stratégiques et  reconnaissance

Dès le départ, Dominique Barry-Etienne structure la vision scientifique de Mycea et conçoit une plateforme R&D unique, centrée sur les extraits fongiques et la valorisation des communautés naturelles de champignons mycorhiziens.

Sous son impulsion, Mycea a attiré ses premiers investissements pour accélérer la découverte et le développement de molécules fongiques pour le Biocontrôle et pour mettre en place le service Mycoterroir de régénération de la biodiversité en champignons mycorhiziens. L’entreprise a également remporté le Grand Prix i-Lab 2020 pour son projet BE-SAFE, récompensant des solutions alternatives aux pesticides chimiques.

Spin-off et spécialisation biocontrôle

Fin 2025, après 8 ans de R&D au sein de Mycea, l’activité de régénération de biodiversité des sols par amplification de champignons mycorhiziens prend son envol et donne naissance à Amoterra société indépendante dédiée à la commercialisation de la solution Mycoterroir.

 

Cette évolution positionne Mycea comme un acteur important de la transition agroécologique, dans un secteur où la recherche d’alternatives aux produits phytosanitaires chimiques est devenue prioritaire. Dominique Barry-Etienne fait entrer l’entreprise dans les fédérations professionnelles pour contribuer à la dynamique de l’écosystème au sein l’Association biocontrôle et biostimulation pour l’agroécologie (ABBA) et de France Biocontôle.

Vision des solutions scalables de biocontrôle

« Ce qui m’importe avant tout dans nos projets, c’est de mettre à disposition des agriculteurs un nouveau type de solutions de biocontrôle pour leur faciliter ce passage à une l’agriculture plus saine tout en gardant leurs rendements. Aujourd’hui, j’ai la conviction que nous aboutirons à des produits efficaces contre de nombreuses maladies et dont les coûts de production seront économiquement viables pour les producteurs”, déclare la co-fondatrice.

Par son implication dans l’écosystème français et européen du biocontrôle, Dominique apporte aux équipes dans le travail au quotidien sa façon d’associer des technologies, des innovations déterminantes pour développer ces biofongicides de demain, indispensables à la transition agroécologique.

Du laboratoire à l’échelle industrielle

Avec plus de 35 ans d’expérience en recherche et innovation, Dominique Barry-Etienne fait partie des scientifiques qui transforment leurs découvertes sur les paillasses en solutions industrielles à grande échelle. A présent, l’ag-biotech Mycea se concentre exclusivement sur son activité d’exploration des propriétés biologiques et biochimiques des champignons forestiers pour la santé des plantes et leur production à grande échelle.

De l’ADN de la truffe aux métabolites fongiques, le parcours de la co-fondatrice de l’agri-biotech illustre comment la recherche scientifique peut se mettre au service de transformation agroécologique et économique des prochaines décennies.

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